CANADA'S SILICON VALLEY |

TROY WERNER

01/12/2018

PROJET

« La région des trois villes de Kitchener-Cambridge-Waterloo en Ontario est connue pour sa forte concentration de sociétés des technologies de l'information, notamment BlackBerry Limited, OpenText, Kik et Maplesoft, ce qui la classe souvent comme la Silicon Valley du Canada

"Perspective" © Troy Werner

Cette région compte également des villes universitaires avec un grand nombre d'étudiants de l'Université de Waterloo, de l'Université Wilfrid Laurier et du Collège Conestoga. Ces villes sont principalement utilisées afin d'attirer un bassin d'employés du secteur des technologies dans la région. Un système de train léger sur rail relie maintenant ces villes et la région du Grand Toronto, faisant ainsi augmenter la valeur immobilière. Je suis témoin d'une nouvelle vague d'embourgeoisement depuis un certain temps et aie choisi de la documenter avant qu'elle ne soit changée à jamais. »

"Google" © Troy Werner

"Drug Mart" © Troy Werner

Entrevue avec l'artiste

H Quelle est ton approche lorsque tu débutes une nouvelle série?

A J'essaie d'être ouvert d'esprit lorsqu'un thème fait surface tout en restant concentré sur ce que j'essaie de transmettre. J'ai grandi au sein d'une communauté de fermier de première génération, dans une ville principalement constituée d'immigrants réfugiés allemands issus de la 1re et 2e guerres mondiales, ce qui est commun dans le sud-ouest de l'Ontario et j'y habite toujours. Au cours des 20 dernières années, des maisons de l’ère victorienne ont été démolies dans la communauté afin de permettre aux urbanistes d’intégrer des condominiums ainsi que différents développements de grande envergure, constituant ainsi la première vague d'embourgeoisement d'un quartier autrefois humble et sensible à l'esprit communautaire. Ces changements dans le paysage me permirent de me questionner sur ma vision de la ville qui, étant située à une heure de Toronto, est devenue une communauté de chambre. Kitchener-Waterloo s'est vu affublé du surnom de "Tech-Hub" lorsque Google et d'autres entreprises du secteur de la haute technologie décidèrent de s'y installer pour devenir des incubateurs à développement de nouveaux logiciels, en partenariat avec le département de mathématique et d'informatique de l'université de Waterloo, ce qui incita de jeunes professionnels ainsi que des compagnies technologiques à y élire domicile également. Le développement a été encouragé par les urbanistes ce qui explique le changement démographique et industriel actuel afin d'accommoder une croissance exponentielle de près de 1000% sur une période de 15 ans. Canada's Silicon Valley met en évidence certains des changements positifs et négatifs.

"Toronto" © David Nadeau

H Il semble y avoir un réel travail de recherche derrière chacune de tes images, est-ce que ce processus de documentation conserve son importance une fois les images présentées?

A : De 2005 à 2009, j'ai complété deux diplômes de Geomatique et Cartographie au collège Sir Sandford Fleming, et de tout ce que j'y ai appris, une chose s'est démarquée; une fois que l'information est compilée et présentée, elle devient hors propos et inexact, car le temps change leur représentation qualitative. Un peu comme une carte, un document photographique est une partie de l'histoire une fois qu'il est vu. Aucune disqualification, simplement un aperçu d'un moment précis dans le temps.

"Exposed Electricity" © Troy Werner

"McD" © Troy Werner

H Quelle est ton intention lorsque tu débutes une nouvelle série?

A L'observateur observé. Nous pouvons tous faire cela. L'humeur change, l'environnement change, mais nous changeons rarement. Remarquer le changement est quelque chose que nous évitons parfois, mais pourquoi? Des gestes et des moyens simples se présentent de manière aussi intéressante, pourquoi se priver de les documenter, ils ne se produiront qu'une seule fois.

"Cubist Police Station" © Troy Werner

H L'utilisation d'une pellicule 35mm, combinée à une prise de vue à la verticale, est plutôt inusitée pour ce type de projet. Quelles ont été tes motivations pour un tel choix esthétique?

A Le grain, la clarté, la lumière et la saturation, le contraste et la nostalgie du film ajoutent pour moi beaucoup plus à l'histoire d'une photographie. C’est agréable de voir quelque chose exister en tant que négatif d'un film couleur dans le temps. Surtout pour un sujet ayant une histoire, un contexte qui l'accompagne. En agrandissant la taille et en tournant la composition, j'imagine que mes yeux atténuent la distorsion périphérique, ce qui rend le moment encore plus grand. C'est pourquoi j'explore le fait de laisser les yeux se déplacer de haut en bas et de gauche à droite, en fonction de l'orientation du sujet.

"NCR" © Troy Werner

"ODC" © Troy Werner

H Sur quoi travailles-tu actuellement, quels sont tes projets pour l'année à venir?

A Je continue à documenter ma ville en mutation, à me déplacer vers la périphérie de la banlieue à la limite de la ville, incapable d’empiéter davantage sur la ceinture de verdure et les champs agricoles où le développement n’est pas obligatoire. Pour le moment dû moins, je vais rester dans la ville pour documenter l’évolution du paysage urbain, car ce n’est que le début du processus d’embourgeoisement de ma ville, qui durera assurément plusieurs décennies encore.

Intervieweur et traduction : Jean-Sébastien Scraire est un artiste multidisciplinaire basé à Montréal. Pour en apprendre davantage sur son travail, visitez son site internet ainsi que son Instagram.

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