ENTRE L'ÂME ET LES OS |

LÉOLO

01/05/2018

PROJET

« Photographe autodidacte de 21 ans originaire de Longueuil, Léolo (Léo Hamel) est fasciné par la possibilité de superposer plusieurs images sur une même case de la pellicule, forçant ainsi la rencontre entre des espaces, des temps, des tailles et des corps physiquement séparés les uns des autres.

"Eternal abyss'' © Léolo

Partant de la prémisse que derrière l’illusion d’un monde fini existe un territoire malléable et sans limites, l’artiste tente au travers de ses photos de cartographier une zone de notre univers invisible à l’œil nu : un royaume de songes défiguré par l’ombre et la lumière. Les thèmes de la volupté, de la nature et de la dualité sont omniprésents dans l’œuvre du photographe, qui mêle les approches argentique et numérique et est principalement composée de portraits noir et blanc ainsi que de compositions oniriques. »

"Adèle'' © Léolo

Entrevue avec l'artiste

H Qu'il s'agisse de surimpression ou de superposition d'éléments au sein d'une seule image, ton travail utilise beaucoup ces différentes techniques afin de créer une narration. Quel est ton processus de création lorsque tu travailles sur une nouvelle image ?

A : Lorsque j’ai commencé à faire de la photographie argentique, il y a presque dix ans, la surimpression était la technique qui me fascinait le plus et que j’aimais le plus exploiter. Je me souviens que dès le moment où mon père m’a montré cette astuce, j’ai eu l’impression de pouvoir déjouer l’espace-temps avec chaque nouvelle combinaison d’images. Encore aujourd’hui, le concept de joindre ensemble sur la pellicule des sujets normalement séparés par leur temporalité, leur localisation et leur taille m’apparaît comme un geste quasi omnipotent. Lorsque je crée une nouvelle image impliquant une ou plusieurs superpositions, je suis donc principalement guidé par l’intention d’élargir cette brèche spatio-temporelle qui se situe entre mes sujets ; je m’applique à mettre en valeur cette ouverture. Ainsi, dans le monde que je représente, les plus petites des fleurs peuvent devenir aussi grandes que le visage sur lequel elles sont superposées et les nuages peuvent rapetisser jusqu’à ne devenir qu’un simple masque.

HQuel est le rôle de l'appareil photographique en tant qu'outil dans ta pratique ?

A Notre monde est rempli de beauté et de mystères insaisissables. Je conçois l’appareil photo comme un filet capable de capturer ces moments de grâce éphémères tels que l’inflexion d’un rayon de lumière, le sourire sur la bouche d’une amie ou encore la forme abstraite d’un nuage qui traverse le ciel.

"Marion'' © Léolo

"Marcel'' © Léolo

HConsidères-tu ton travail comme une archive ou plutôt comme plusieurs séries où chaque image est figée dans le temps ?

A Dans ma façon de travailler, rien n’est vraiment figé dans le temps. Je considère que mes photos font partie d’un courant continu dans lequel une image ayant été prise il y a huit ans peut résonner parfaitement avec une autre prise aujourd’hui. Bien que certains thèmes distincts soient récurrents dans mon travail, je n’ai jamais divisé mes photos en séries, allez savoir pourquoi. J’aime plutôt penser que mes images font partie d’un flux dans lequel les agencements sont infinis et réversibles.

HL'aspect d'un monde onirique, d'illusion, se ressent de différentes manières dans tes images. Est-ce quelque chose de conscient et si oui, d'où vient cet engouement ?

A J’aime à croire qu’il existe une fissure sur l’écran qui sépare le monde réel du royaume des songes, permettant à l’onirisme de s’infiltrer dans notre vie quotidienne et à la réalité de s’immiscer dans nos rêves. Cette réflexion me vient du fait que les rêves les plus puissants que j’expérimente sont généralement ceux que je fais lorsque je suis éveillé, contrairement à ceux que je fais la nuit, dans lesquels il m’arrive souvent de simplement conduire une voiture ou de passer la balayeuse. En ce sens, je n’ai pas vraiment l’impression de forcer quoi que ce soit pour donner à mes images une allure onirique… Lorsque je prends une photo, tout ce que je fais est de me concentrer à représenter adéquatement le monde tel qu’il m’apparaît sur le moment. L’illusion surgit d’elle-même lorsque je fais bien mon travail.

"Hélios'' © Léolo

HEn tant qu'autodidacte, quel est ton rapport à l'institutionnalisation de la photographie, au côté académique ?

A Je suis conscient que mon manque de formation nuit à mes capacités techniques en tant que photographe et me fait gaspiller beaucoup de cases sur une pellicule haha… Néanmoins, je crois que le côté imparfait de mes photos fait partie de leur charme. Étant avant tout un musicien, la photographie est pour moi un violon d’Ingres. J’ai pris la décision lorsque j’étais adolescent de briser les secrets reliés à la théorie musicale en étudiant la composition et le chant, mais de laisser intacts ceux reliés à la photographie afin de rester « authentique » le plus longtemps que possible. Bien que j’envisage désormais d’étudier la photographie, ce n’est pas au sommet de mes priorités. J’aime que le geste de prendre une photo soit encore pour moi quelque chose de spontané et indépendant de tout contexte institutionnel.

HSur quoi travailles-tu actuellement, quels sont tes projets pour l'année à venir ?

A En ce moment, je travaille sur mon premier EP en tant que musicien solo. L’album va s’appeler « Dreamroom » et sa parution est prévue pour la fin de l’été. Je conçois ce projet comme un petit conte musical semblant provenir d'une époque à la fois très lointaine et actuelle. Ses quatre chansons nous parlent de thèmes universels tels que la mélancolie, les nuages, l'autodestruction et la confiance et, tout comme mes photos, elles se situent sur la frontière entre le royaume des songes et le monde réel. Je suis vraiment enthousiaste par rapport à ce projet ! Sinon, je vais commencer des études en musique électroacoustique à l’université Concordia à l’automne.

Intervieweur : Jean-Sébastien Scraire est un artiste multidisciplinaire basé à Montréal. Pour en apprendre davantage sur son travail, visitez son site internet ainsi que son Instagram.

© Héliographe - Centre de promotion et de diffusion de la photographie émergente au Canada