HILLS OF HOME |

FRÉDÉRIC B. BURROGANO & MARIANNE R. WILLIAMS

01/06/2018

PROJET

« La ville de Drumheller en Alberta joue un rôle important au niveau régional, provincial et en ce qui concerne l'identité canadienne. Elle fut un centre important d'extraction minier pour le charbon pendant plusieurs décennies à partir de la fin du 19e siècle dans l'arrière-pays albertain. Puis, des paléontologistes amateurs et professionnels commencèrent à découvrir des spécimens fossilisés dans la région, faisant ainsi de Drumheller une région synonyme de dinosaures. Suite à l'établissement du Royal Tyrell Museum au milieu du 20e siècle, l'économie de la ville passa d'intérêt minier au tourisme.

"Downtown Drumheller'' © Frédéric Bigras-Burrogano

Notre travail s'intéresse principalement au rôle du paysage dans les communautés rurales et leur influence sur celui-ci ainsi qu'à l'identité nationale. Nous utilisons la photographie, la recherche, l'impression 3D et les artefacts pour documenter l'ambiguïté des idées préconçues versus les attentes du public. Notre intérêt principal se situe dans la construction d'un héritage culturel, la matérialité de l'image des communautés et leurs sémiotiques. Nous tentons de créer un espace dans lequel chaque spectateur est forcé d'examiner sa position face à un phénomène, un concept. »

"The Park'' © Frédéric Bigras-Burrogano

Entrevue avec les artistes

H Premièrement, puisqu'il s'agit d'une collaboration, pouvez-vous décrire vos rôles respectifs dans le projet?

F : Nous nous sommes rencontrés pendant nos stages au Centre Banff et avons commencé à travailler ensemble peu de temps après. Je pense que nous avons les mêmes préoccupations au sujet de l'État-nation, de ses différentes dynamiques de pouvoir et de ses identités culturelles. Nous avons d'abord collaboré lors de la demande pour le prix Lange Taylor pour lequel un écrivain et un photographe coopèrent sur un projet. À partir de là, nous avons commencé à collaborer sur d'autres projets et avons formé le collectif Long Distance Call.

M : J'utilise ma formation d'archiviste et de bibliothécaire d'art pour créer des paysages sonores et des textes qui répondent aux photographies et aux sculptures que Fred crée. Ensemble, ils sont présentés comme des installations in situ, offrant différentes approches pour le spectateur. Pour les nouveaux projets, nous faisons un remue-méninges, échangeons sur le sujet et planifions les cadres conceptuels qui les sous-tendent.

"Tourists at the Hoodoos'' © Frédéric Bigras-Burrogano

H À quel moment vous est-il venu l'idée pour "Hills of Home"?

F : Nous revenions d'une conférence à Saskatoon et Marianne a mentionné que nous devions faire un arrêt à Drumheller. Il n'a pas fallu longtemps pour décider d'y retourner pour effectuer un travail. J'étais particulièrement curieux de connaître l'importance de ce lieu pour les Albertains alors que je n'en avais jamais entendu parler lorsque je vivais au Québec et comment cela affectait notre compréhension mutuelle.

M : J'ai grandi au nord de Drumheller. Depuis mon départ, j'aime faire découvrir ces paysages familiers à de nouveaux amis lorsque je reviens.

"Fossil Shop" © Frédéric Bigras-Burrogano

H Outre l'aspect photographique, votre travail présente des artefacts et des objets imprimés en 3D. Quand et pourquoi avez-vous décidé d'inclure ces éléments dans la série?

F : Pendant mon séjour au Centre Banff, je me suis intéressé à la technologie et particulièrement à sa matérialité. Sa striation m'a rappelé le paysage de Drumheller, où “Hills of Home” a été photographié. Les cartes topographiques et minières utilisées pour cartographier la zone font également référence au rôle de la photographie dans la cartographie de l'ouest. Lorsque Marianne m'a expliqué qu'en imprimant des sculptures de charbon, nous utilisions des combustibles fossiles pour réimprimer les combustibles fossiles, j'ai décidé de les inclurent dans le projet. Nous avons ainsi penser à les exposer côte à côte afin de montrer comment deux choses peuvent parfois s'apparenter de loin, puis, leurs différences deviennent plus claires lorsqu'on s'en approche, faisant écho à nos vues sur le Canada, son immense territoire et ses nombreuses communautés.

M : J'ai sérieusement commencé à envisager l'utilisation d'impression 3D lorsque je travaillais dans des musées et des centres d'archives, où les concepteurs d'expositions créaient des répliques d'artefacts et d'œuvres d'art pour des galeries interactives. Plusieurs de ces impressions ont été utilisées dans des conceptions multimodales telles que la numérisation de la surface d'une sculpture et son impression afin de permettre aux visiteurs de toucher la texture. En tant qu'artiste, je m'intéresse à la subversion et à la relation entre la réplique et l'artefact, jouant avec la compréhension de l'authenticité, de la représentation et de la simulation.

"3D prints" © Frédéric Bigras-Burrogano et Marianne R. Williams

H Hills of Home explore la notion de vérité dans le folklore de Drumheller. Quelle importance accordez-vous à ces éléments, véridique ou non, dans votre travail?

F Pour nous, ce n'est pas nécessairement la notion de vérité mais plutôt comment ces contes voyagent et se transforment. Comment ces récits se tissent dans l'imagination des gens qui habitent ces lieux et de ceux qui les entendent de loin. En effectuant un travail autour des récits, nous mélangeons activement nos interprétations du folklore local et sa diffusion. Une grande partie de notre pratique consiste à utiliser différents médiums pour se compléter l'un et l'autre. Chaque médium a ses limites et en variant nos approches. nous essayons d'aborder ce qui est laissé de côté.

C'est d'autant plus pertinent lorsqu'il s'agit de questions sur les récits nationaux et comment les institutions culturelles et poliques les construisent. Dans le cas du Canada, nous nous intéressons aux différentes interprétations possible du pays, variant selon les perspectives de l'histoire de l'art canadien, les peuples autochtones et les Québécois, entre autres.

"Curling Club" © Frédéric Bigras-Burrogano

H Les lieux présentés semblent fixée dans le temps. Quelle est la réaction des habitants de Drumheller envers Hills of Home?

F : Le travail n'a pas encore été exposé dans la ville malheureusement. Lorsque nous étions sur place pour le projet, nous avons eu l'occasion de parler à un certain nombre de citoyens locaux du travail que nous faisions. Ce fût très instructif pour nous et pour notre compréhension de la mentalité locale. Le projet était au départ un moyen d'exporter ces récits et de les partager avec des gens moins susceptibles d'y avoir été exposés afin d'explorer davantage cet effacement entre les faits et la fiction. Ceci étant dit, nous ne sommes pas contre l'idée d'exposer la série dans la ville.

M : Lorsque nous avons montré ce travail à Canmore, en Alberta, les gens ont immédiatement reconnu les paysages et certains des récits en raison de leur importance culturelle en Alberta, et je serais intéressé de voir la réaction des Drumhellerite. Je pense que Drumheller à un désir volontaire de s'isoler dans l'ambre car il y persiste une telle dévotion civique à l'image du Far West. Un de mes amis qui vit là-bas participe à des évènements de collecte de fonds où les membres de la communauté s'habillent dans de vieilles tenues du Far West et font des enchères avec des femmes jouant le rôle de vieux personnages de prostitués appartenant au folklore local.

"Abandoned Mine" © Frédéric Bigras-Burrogano

H Vos projets pour l'année à venir?

F : Nous allons prendre part à une résidence à Calgary cet été et travailler sur un projet d'engagement social dans la banlieue de Marda Loop. Nous espérons retourner à Drumheller en Alberta, peut-être ajouter quelques travaux à la série. Je m'apprête également à débuter un nouveau projet entourant la mine Lost Lemon dans le col Crowsnest à la fin de l'été.

M : Je suis en première année d'une résidence de trois ans aux bibliothèques de l'Université de l'Arkansas, où j'effectue une recherche sur la façon dont les bibliothèques universitaires peuvent soutenir les programmes d'études BFA et MFA. Je terminerai cet été une exposition sur le mouvement Back to the Land dans l'Arkansas où j'utilise les collections spéciales de l'Université puis je me consacrerai ensuite à la programmation d'une collaboration avec le Crystal Bridges Museum of American Art à l'automne.

Intervieweur : Jean-Sébastien Scraire est un artiste multidisciplinaire basé à Montréal. Pour en apprendre davantage sur son travail, visitez son site internet ainsi que son Instagram.

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