FICTION EN MONTAGE |

HÉLÈNE DELAVAUD

01/08/2018

PROJET

« Ma recherche plastique porte sur l’exploration de la fiction photographique, du surréalisme et sur les liens indissociables de deux aspects de la photographie; le documentaire et la fiction. Ma pratique est devenue un hybride entre les deux. J’ai une approche documentaire, qui porte un regard sur et dans le réel et une dimension fictionnelle de la photographie lié à un imaginaire qui est d’ordre phénoménologique. J’exploite le potentiel de fiction du processus de fabrication de l’image photographique, de la prise de vue jusqu’à sa mise en espace.

"Disparition'' © Hélène Delavaud

J’expérimente ces dispositifs à la fois comme spectatrice et réalisatrice de fiction. Je tente de « fictionnaliser le réel pour mieux le penser » ( Jacques Rancière). J’enquête sur le trouble de l’illusion et de l’affect. Je m’interroge sur la fabrication de ces dispositifs.

Je m’intéresse à leur contexte historique et actuel lié à l’histoire de la monstration de l’animal vivant et mort (taxidermie). En photographiant : les premiers dioramas du Musée d’Histoire Naturelle de New York, aux premiers parcs zoologiques européens (Lyon, Rome) et aux scénographies actuelles (Aquarium de Québec et Biodôme) jusqu’aux scénographies plus contemporaines comme celle du Nouveau Zoo de Vincennes à Paris. »

"Surface, Decors, 2015'' © Hélène Delavaud

"Distance, Figuration, 2017'' © Hélène Delavaud

Entrevue avec l'artiste

H La relation entre l'homme et l'animal semble servir de point de départ dans votre oeuvre. D'où vient cet intérêt?

A : Je suis influencée par mon environnement familier, l’enfance joue beaucoup dans la construction de l’imaginaire. Par exemple, je me suis fait griffer par le chien de ma famille et je me suis demandé si les vétérinaires recousaient les chiens qui se faisait mordre par des enfants. Au fur et à mesure, j’ai appris ainsi à respecter l’animal, à mieux le comprendre et finalement me mettre à sa place. Je me suis intéressée à l'univers du toilettage et aux corps des animaux qui se transforment en objet fétiche puis dans le projet actuel, je m'intéresse à la sphère du spectacle et du musée qui mettent en scène et dénaturent les animaux en les objectifiant.

"Passage, Aqua, 2017'' © Hélène Delavaud

H Bien que vous décriviez votre approche comme un hybride entre le documentaire et la fiction, le point de vue de vos images est plutôt subjectif et pleinement imprégné de poésie de par leurs traitements, cadrages, etc. Quel rôle joue la documentation dans votre travail?

A : En effet, mon point de vue est subjectif et je cherche à brouiller les limites entre réalité et fiction. Par la mise en scène, j’opère des jeux de découpes, de collages, d’abstraction en utilisant les défauts et les qualités d’enregistrement de l’appareil photographique argentique. J’aime l’idée de remettre en scène le réel pour l’abstraire vers un univers entre réel et fiction. Je documente mon expérience ressentie sur le terrain, je repère les lieux en fonction de leur histoire et je collecte les différentes formes de mises en scène. Je cherche à dépasser l’aspect documentaire pour développer un langage poétique et abstrait qui propose une vision détournée de la réalité.

"Aves'' © Hélène Delavaud

H L'interprétation du travail varie dépendamment du spectateur. Est-ce quelque chose que vous recherchez ou qui vous effraie?

A : C’est à chacun d’interpréter l’art. Je cherche à développer un univers qui interroge les relations entre humain et animal et ce que ça révèle, comme des formes de pouvoir, de contrôle. C’est aussi pour cela qu’il y a peu de présence humaine. Après, en effet, tout dépend de la sensibilité de chacun et mes projets ne sont pas figés.

"Échappée, 2017'' © Hélène Delavaud

H Quel que soit l'espace de présentation, votre série suivra inévitablement une forme de dispositif, de schéma défini, un peu comme ceux que vous photographiez. Selon vous, quelle serait la présentation idéale? 

A Pour ma prochaine exposition, fin novembre au CDEX à L’UQAM, je suis en train de développer une installation immersive de projection virtuelle ainsi qu’une maquette physique de mes images, car le dispositif met en scène différentes échelles, humaine et miniatures. Je cherche à reconstituer l’atmosphère d’un étrange laboratoire zoologique, de projections lumineuses et de documents photographiques.

"Gravite, Decors, 2017'' © Hélène Delavaud

"Écran, Aqua, 2017'' © Hélène Delavaud

H Quelles ont été vos inspirations lors de l'élaboration de ce corpus?

A : Pour ce projet et dans ma démarche, je suis influencée par le cinéma de science-fiction. En particulier ceux révélant la face cachée des apparences et qui permet de percevoir la réalité autrement. L’intérêt est de découvrir d’autres mondes possibles, qui ressemblent étrangement à nos univers familiers. Le cinéma de David Lynch reste une référence pour l’aspect phénoménologique, labyrinthique et énigmatique. Je m’inspire du cinéma et des bandes dessinées surréalistes, j’aime les univers graphiques forts comme ceux de Michael DeForge.

"Figure, Figuration, 2017'' © Hélène Delavaud

H Vos projets pour l'année à venir?

A : Pour les projets à venir, je pense m’orienter vers des objets en volume, revenir au physique, je vais réaliser une maquette pour l’exposition et j’ai beaucoup de plaisir à créer des sculptures en papier d’après mes photographies, à les découper, à les rephotographier. C’est comme de la pâte à modeler, on peut retravailler ses images pour en créer d’autres. Je m’intéresse aussi au livre pop-up et à l’image en mouvement, pour déployer différents langages et matières qui forment des mises en abyme d’un univers en construction.

Intervieweur : Jean-Sébastien Scraire est un artiste multidisciplinaire basé à Montréal. Pour en apprendre davantage sur son travail, visitez son site internet ainsi que son Instagram.

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