Vue de l'exposition, Serge Tousignant. Exposés de recherche, VOX, du 13 avril au 23 juin 2017. Crédit: Michel Brunelle.

SERGE

TOUSIGNANT

VOX |

Par Charlotte Beaudoin Pelletier

Publié le 04/17

Jusqu'au 23 juin, une rétrospective des oeuvres de l'artiste visuel et photographe québécois Serge Tousignant est exposée au Centre de l'image contemporaine VOX (1).

 

Serge Tousignant a été professeur en arts visuels à l'Université de Montréal de 1974 à 2002. Son exposition, intitulée Exposés de recherche, porte très bien son nom : le travail de l'artiste, qui s'étend des années 1960 à nos jours, propose diverses expérimentations picturales, sculpturales et photographiques, et s'intéresse aux formes géométriques, à l'ombre et la lumière, à la superposition d'images, aux jeux de perspectives et aux objets.

Vue de l'exposition, Serge Tousignant. Exposés de recherche, VOX, du 13 avril au 23 juin 2017. Avec l'aimable permission du Musée d'art de Joliette. Crédit: Michel Brunelle.

Vue de l'exposition, Serge Tousignant. Exposés de recherche, VOX, du 13 avril au 23 juin 2017. Crédit: Michel Brunelle.

Une fascination qui semble presque obsessionnelle dans les formes ordinaires du quotidien, celles qui nous paraissent habituellement dénuées de tout intérêt, teinte l'entièreté de son oeuvre. Il ouvre ainsi une réflexion sur la possibilité d'explorer artistiquement la banalité de l'espace, des textures et des lignes qui nous entourent, en les considérant sous différents angles.

 

Par exemple, à travers l'une de ses nombreuses séries de photos, Tousignant témoigne de la vie d'objets inanimés, qu'il photographie à des moments précis de la journée, documentant méthodiquement leur interaction avec la lumière du jour et le mouvement de leur ombre sur le mur. Armé de patience, il tente de rendre compte de la beauté des moments insaisissables qui naissent de la lenteur des phénomènes, ceux que l'on a pris l'habitude d'ignorer. 

 

Dans les années 1980,  il photographie des installations abstraites, sortes de natures mortes improbables composées d'objets insolites, de halos de couleurs et de bricolages. L'esthétique particulière de ces clichés rappelle celle des photos-mystères du photographe américain Walter Wick, que l'on retrouve dans les livres-jeux C'est moi l'espion (I spy) (2) datant de la même époque.

Vue de l'exposition, Serge Tousignant. Exposés de recherche, VOX, du 13 avril au 23 juin 2017. Crédit: Michel Brunelle.

On peut certainement interpréter les photos de Tousignant comme des mises en abyme de son propre travail, qui imposent au spectateur un instant choisi, une vue prédéterminée de l'oeuvre qu'elles encadrent. La photo qui représente l'oeuvre est-elle l'oeuvre elle-même? L'oeuvre représentée ne se suffit-elle pas?

 

Pourquoi avoir choisi de la photographier, de l'immortaliser, plutôt que de la reconstituer physiquement à chaque exposition? On peut penser que ces installations, qui ne font pas sens en tant que telles, ne seraient peut-être d'aucun intérêt si elles n'existaient pas à l'intérieur-même des limites photographiques.

 

Qu'elles plaisent ou non, ces images nous amènent à nous questionner au sujet des choses que l'on juge « dignes » d'intérêt artistique, ainsi que sur notre propre subjectivité en tant que témoins de l'art. De surcroît, elles remettent en cause notre sensibilité et notre capacité à saisir la vision intime d'un artiste, aussi étrange et complexe soit-elle.

 

Si l'ensemble de son oeuvre parait animé par le désir d'aborder l'espace et les formes de façon plutôt cérébrale, voire mathématique, il ne fait aucun doute que Serge Tousignant parvient à nous faire remarquer, avec intelligence et naïveté, tous les détails anodins qui, jusqu'alors, nous avaient échappés.

Vue de l'exposition, Serge Tousignant. Exposés de recherche, VOX, du 13 avril au 23 juin 2017. Crédit: Michel Brunelle.

Vue de l'exposition, Serge Tousignant. Exposés de recherche, VOX, du 13 avril au 23 juin 2017. Avec l'aimable permission de la Banque d'oeuvres d'art du Conseil des arts du Canada (Ottawa). Crédit: Michel Brunelle.

À propos de l'auteure : Charlotte Beaudoin Pelletier est cinéaste, traductrice et rédactrice. Basée à Montréal, elle se spécialise dans le domaine des arts et de la littérature. Pour suivre ses projets et en apprendre davantage sur son travail, visitez son profil sur LinkedIn.

Images: Avec l'aimable permission de VOX, centre de l'image contemporaine.

Crédit: Michel Brunelle. 

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