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TECHNOLOGIE : RELECTURE DU PAYSAGE PHOTOGRAPHIQUE

08/09/2018

Retour sur les Rencontres Internationales de la Photographie en Gaspésie

Pour leur 9e édition, les Rencontres Internationales de la Photographie en Gaspésie ont réunie 17 artistes nationaux et internationaux afin d'échanger collectivement sur la thématique du « Chaos ».

"Météores de François Quévillon, vue de l'exposition" © Jean-Sébastien Scraire

Sous la forme d'un pèlerinage culturel à travers la côte Gaspésienne, le spectateur est invité à découvrir les œuvres installées parmi 13 lieux inspirants, de Marsoui à la Matapédia. Alternant la prise de position et la poésie, les travaux présentés ouvrent un dialogue sur l'humain; son impact sur le monde, le paysage, à travers ses gestes ou son inertie. Variant les approches du médium photographique, certaines œuvres présentées repoussent les limites de l'image, utilisant des techniques en parfait accord avec l'ère du temps. Photogrammétrie, programmation numérique, animation 3D, sont pour plusieurs, des moyens de communiquer leurs idées, d'engager la discussion avec le public.

 

Météore : François Quévillon

C'est le cas notamment de François Quévillon, présenté au pavillon d'accueil du Parc National de Miguasha, où il nous propose Météore, le résultat de ces expérimentations effectué lors de sa récente résidence au Parc national du Gros-Morne à Terre-Neuve. À l’aide de la photogrammétrie, l'artiste présente des vues fragmenté mais immersive du panorama. Principalement intéressé par la géologie du territoire, il s’attarde à la matière de l'environnement et par le fait même, nous fait voyager au cœur même du paysage qu'il examine. Entre pratique scientifique et artistique, Météore met en œuvre différentes technologies, généralement étrangère au milieu artistique, et repousse ainsi les limites du médium, forçant le spectateur à réfléchir sur les fondements même de la photographie. Un projet toujours en cours où une nouvelle phase utilisant la « réalité augmentée » est à venir.

"Météores,  2017  -  en  cours,  image  numérique  issue  d'un  procédé  de  photogrammétrie.   " © François Quévillon

Stratotype digital-ien : Isabelle Gagné

À l’aide d’une plateforme de téléversement d’images, Isabelle Gagné revisite le paysage québécois en créant une nouvelle archive collective de notre environnement moderne. Stratotype digital-ien présente les créations d’un robot informatique semi-autonome, également appelé « bot ». Sur une période de 12 mois, le public fut invité à soumettre leurs images des différentes régions de la province via la plateforme mise en place par l'artiste afin de constituer ce qui allait devenir la fondation du projet. Utilisant cette nouvelle banque d'images, le « bot » effectua un jumelage visuel entre l'archive « Google images » et celles téléversées sur « Stratotype digital-ien » dans le but de reconstruire le paysage des différentes régions du Québec.

"Stratotype digital-ien, 2017, en cours" © Isabelle Gagné

Les résultats de ce processus donnent lieu à des œuvres fragiles, ambiguës, se dévoilent sous forme de strates, à l’image d’une fouille archéologique. Fortement ancré dans la culture du « remix », le travail d’Isabelle Gagné est offert sous la licence « creative commons ». Une décision apparemment naturelle de la part de l’artiste, quoi que controversé, encouragent ouvertement le public a partager et utiliser ces œuvres hors de leur contexte d’origine, et ce, sans avoir a payé de redevance à l'artiste.

"Stratotype Digital-ien, Isabelle Gagné à Vaste et Vague" © Jean-Sébastien Scraire

Red Hook - Les lots de l’imaginaire : Mathieu Gagnon et Mathilde Forest

Red Hook, série issue du travail des artistes Mathieu Gagnon et Mathilde Forest, s’intéresse au phénomène d'embourgeoisement et comment celui-ci engendre une transformation du paysage et de l’architecture du quartier de Brooklyn, New York.

Utilisant également la photogrammétrie, les artistes présentent leur images sous forme de triptyques où chacune des successions inspirent d’avantage la disparition d’une structure en pleine mutation. Cette technique crée un contraste important entre l’image de départ et le résultat final, guidant ainsi le spectateur dans son interprétation de l’œuvre face à la problématique. Monuments fantomatique, fragilité informatique; Red Hook dresse un constat alarmant mais réaliste du mythique quartier et ce qu’il devient peu à peu, soit, un paradis jusqu’ici inexploité des promoteurs New-Yorkais.

"Red Hook, Mathieu Gagnon & Mathilde Forest, vue de l'expo" © Jean-Sébastien Scraire

La photographie est née de la technologie. Il est donc logique qu'elle soit emmenée à se renouveler constamment. Jouant le rôle du premier médium à incorporer un procédé d'automatisation au cœur du travail, il semble évident que l'artiste se doit de perpétuellement définir et redéfinir son outil de création afin d'être en accord avec l'évolution technologique. Quand est-il de la pertinence des procédés d'origine? Ont-ils encore lieu d'être ou devons-nous accepter qu’ils soient désormais relayés au second plan; des artéfacts dans l'histoire du médium photographique?

Les Rencontres Internationales de la Photographie en Gaspésie : 9e édition

Du 15 juillet au 30 septembre 2018,

Photogaspésie

François Quévillon

Isabelle Gagné

Mathieu Gagnon et Mathilde Forest

Auteur : Jean-Sébastien Scraire est un artiste multidisciplinaire basé à Montréal. Pour en apprendre davantage sur son travail, visitez son site internet ainsi que son Instagram.

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