GABOR SZILASI |

LES CINÉASTES ET LE DEHORS

01/11/16

Pour la deuxième fois, la cinémathèque québécoise nous présente le travail photographique de Gabor Szilasi.

Szilasi est un photographe actif dans le milieu artistique montréalais actuel. Originaire de Hongrie, il quitte son pays natal en 1957 pour s’installer au Canada.

Il est entre autre connu pour son travail sur le quotidien des Québécois dans les années 70. Il immortalise des habitants dans leur maison, leur appartement ainsi que la mouvance des rues de Montréal.

Ses photographies de rues (1) rappellent le travail de Walker Evans avec American Photographs (2) publié en 1938 ainsi que celui de Berenice Abbott avec la publication de Changing New-York, en 1939 (3).

En 2003, dans le cadre du 40e anniversaire de la cinémathèque québécoise, Catherine Martin, cinéaste, mit en place un projet, avec pour conseiller Robert Daudelin et pour photographe Gabor Szilasi.

L’idée étant de mettre en scène un cinéaste avec un appareil cinématographique, l’exposition fut intitulée Face à face Gabor Szilasi photographie le cinéma (4).

Dans cette nouvelle expo présentée en 2016, intitulée Gabor Szilasi - Les cinéastes et le dehors (5), on retrouve des portraits du projet de 2003 (6). Mais pas que! Chaque image de cette exposition est unique et nous raconte une histoire. On observe des intérieurs modestes et une composition de l’image irréprochable.

Ci-dessous, vous trouverez quelques petites analyses comparatives et/ou référentielles sur des photographies de l’exposition:

Accumulation

Dans la photographie Noir et Blanc : Chambre à coucher chez Louis-Philippe Yergeau, Rollet, Témiscamingue, Juillet 1979 (7), nous faisons face à l'opposition entre des pages de magazines érotiques, qui recouvrent murs et plafonds, et de nombreuses représentations de la vierge Marie, également présentes dans le décors.

Dans le même esprit d’amas et de cumul, Gabor Szilasi photographie des salons surchargés d’objets incongrus, mais cette fois-ci en couleur. La prise de vue est faite en été, mais des figurines de Noël et des figurines de Pâques ornent l’espace (Voir image en bas de l'article).

Dissociation

Les éléments composants la photographie Jeanne Lessard, Saint-Joseph de beauce, 1973 (8), de Gabor Szilasi, véhiculent des images divergentes, rendant le sujet principal grotesque, comme sait si bien faire le photographe Martin Parr (9).

 

Le panneau ESSO et la localisation de l’espace sur un coin de rue créé une rupture avec l’image d’une vieille dame élégante, assise sur un banc blanc installé sur un sol jonché de pelouse et de petites fleurs, avec à l’arrière, un bel arbre haut et touffu. 

L'histoire de la photographie

Dans un sens comparatif et référentiel, la photographie Mme Louis (Marie) Pednault et Mlle Laura Harvey Saint-Bernard-de-l’Isle-aux-Coudres, Charlevoix, septembre-octobre 1970 (10), renvoi à l’une des images les plus connues de l’histoire de la photographie Identical Twins, Roselle, New Jersey, 1967 (11) de Diane Arbus. Bien sûr, en un autre sens, elles s’opposent aussi : Vieillesse versus Jeunesse.

Le cadrage et le positionnement des personnages ne sont pas exactement les mêmes, mais l'expérience esthétique et l'essence du sujet sont similaires. Les images que l'on cumule dans notre inconscient ne nous laissent pas indifférents face à cette ressemblance.

Plan cinématographique

Autre photographie marquante: Marie et Pierre Boucher, Saint-Benoît Labre, QC, 1973 (12)! Cet intérieur de maison n’est en aucun cas comparable à ceux des photographies décrites précédemment.

Szilasi nous invite dans un espace plus structuré, moins étrange au premier abord. Cette image pourrait être tirée d’un film de Godard. Ce plan large rappel ceux du film Le mépris (13).

 

Le cadrage du plan séquence du film de Godard, se déroulant dans l'appartement lors de la dispute du couple, a une composition comparable à celle de la photographie de Szilasi. On assiste dans les deux cas à la mise en exergue de trois personnages (en incluant la statue d'un côté et le personnage de la télévision de l'autre) sur trois plans différents.

Le travail photographique de Gabor Szilasi ouvre des portes à l’interprétation personnelle grâce à son œil artistique qui rend un lieu commun: mystique. Une image qui pourrait être uniquement documentaire, prise dans le but d’archiver et de rendre compte d’un type de vie au Québec devient l’image d’un imaginaire.

L’exposition Gabor Szilasi - Les cinéastes et le dehors se déroulait du 2 septembre au 3 novembre 2016 à la Cinémathèque québécoise à Montréal. Cette exposition donne le goût d’en savoir plus et d’en voir plus pour ceux qui ne connaissaient pas encore très bien le travail de Szilasi.

On attend avec impatience la découverte de nouveaux projets de l’artiste. On lui souhaite de ne pas perdre son goût pour la photographie, dans l’espoir de voir ce monde vernaculaire à travers son propre regard, encore et encore.

À propos de l'auteure : Cécile Gualde a travaillé dans des organismes culturels montréalais (Fonderie Darling, La Galerie CRÉA, Le CMAQ). Pour en apprendre davantage sur son travail, visitez son site internet ainsi que son Instagram.

Texte et images fournies par l'auteure.

© Héliographe - Centre de promotion et de diffusion de la photographie émergente au Canada