Vue de l'exposition, F/19  des finissants du CÉGEP de Matane à l'espace F, du 12 mai au 18 juin 2017. © Geneviève Thibault.

Publié le 05/17

EXPOSITION À MATANE

ESPACE F |

Par Geneviève Thibault

Le 12 mai dernier se tenait le vernissage de l’exposition des finissants en photographie du Cégep de Matane (1F/19 et Auteurs sans titre #5 à l'Espace F (2). Bien que ces dernières présentent toutes deux les meilleurs travaux des étudiants, elles sont néanmoins différentes de par leur contenu et leur intention de départ.

L’exposition des finissants est l’aboutissement d’un parcours scolaire d’une durée de trois ans et l'accomplissement d’un cheminement personnel. Ce qu’il y a de plus beau à y observer, c’est l’émergence de l’identité du photographe.   

Vue de l'exposition, F/19  des finissants du CÉGEP de Matane à l'espace F, du 12 mai au 18 juin 2017. © Geneviève Thibault.

Vue de l'exposition, F/19  des finissants du CÉGEP de Matane à l'espace F, du 12 mai au 18 juin 2017. © Geneviève Thibault.

C’est aux étudiants-exposants qu’a été confiée l’organisation complète de l’événement : conception de l’affiche et du carton d’exposition, aménagement des salles, impression des tirages, accrochage, promotion, communications, vernissage et tout ce que ça implique. C'est le nombre d’étudiants de cette cohorte qui a inspiré le nom de l’exposition F/19.

Les étudiants restent encadrés par le personnel enseignant et le centre d’artistes tout au long du processus. Ils sont même notés dans le cadre des cours Portfolio et Exposition ou Gestion d’Entreprise.

Vue de l'exposition, F/19  des finissants du CÉGEP de Matane à l'espace F, du 12 mai au 18 juin 2017. © Geneviève Thibault.

Les travaux de Caroline Rousseau, William Gagné et Benjamin Marilley qui sont présentés dans le cadre des deux expositions, m'ont particulièrement touchée. Les séries Confidences et Existence de Caroline Rousseau traitent toutes deux du corps humain et des émotions. Caroline explique que depuis la deuxième année de sa formation, le nu est la ligne directrice de son travail. Intéressée par la texture et les détails, mais aussi par l’influence des états d’âme sur la posture, elle observe l’humain et tente de le comprendre. C’est d’ailleurs ce qui la pousse, dans la plupart de ses séries, à prendre temporairement la place du modèle et à se prêter au jeu, afin de comprendre, de vivre et de ressentir ce qu’elle exige d’eux. J’ai particulièrement apprécié son livre photographique de confection artisanale et brute, qui dévoile une série complète d’autoportraits. Originaire de Dreux en France, Caroline compte s’établir à Montréal à l’automne 2017.

 La série Existence de Caroline Rousseau, finissante du CÉGEP de Matane à l'espace F, du 12 mai au 18 juin 2017. © Geneviève Thibault.

De son côté, William Gagné présente sa Ballade Américaine, une série photographique réalisée lors d’un voyage de trois mois sur la côte Est américaine. Pour lui, la photographie confère une occasion de voyage intérieur.

Tel un miroir, il explique que l’environnement qu’il explore lui renvoie son propre reflet. Son questionnement identitaire donne place à des photographies très personnelles, sur lesquelles planent un mélange de mystère et de mélancolie. William est originaire de Sainte-Marie et compte poursuivre sa quête photographique dans l’Ouest canadien et en Australie.

Ballade Américaine de William Gagné, finissant du CÉGEP de Matane à l'espace F, du 12 mai au 18 juin 2017. © Geneviève Thibault.

 Ballade Américaine de William Gagné, finissant du CÉGEP de Matane à l'espace F, du 12 mai au 18 juin 2017. © Geneviève Thibault. 

Quant au travail de Benjamin Marilley, il m’apparaît davantage terre à terre, mais tout aussi intéressant. Les photoreportages qu’il présente célèbrent l’humain dans toute sa simplicité, que ce soit à travers sa série portant sur la culture cubaine ou celle traitant du quotidien d’un musher. Il explique qu’il souhaite lier la photographie à ses préoccupations sociales, et que cette envie s’est précisée à force de voyager et de faire des rencontres. Ses reportages réalisés à l’international sont présentés pour la troisième année consécutive à Auteurs sans titre. Maintenant sa formation technique terminée, il prévoit retourner en France, son pays d’origine, au mois d’août, pour revenir ultérieurement au Québec.

Série de Benjamin Marilley, finissant du CÉGEP de Matane à l'espace F, du 12 mai au 18 juin 2017. © Geneviève Thibault.

Le commissaire d’exposition, coordonnateur du département de photographie du Cégep de Matane et artiste, Robert Baronet, décrit Auteurs sans titre comme une occasion de présenter des projets photographiques d’auteurs, comme son nom l’indique, permettant ainsi l’émergence de nouveaux talents artistiques. Si au départ l’exposition annuelle présentait uniquement des travaux photographiques réalisés par des étudiants de troisième année, elle se veut aujourd’hui plus inclusive en acceptant les propositions provenant d'étudiants des trois années de formation et ce, sous différentes formes : photographie, vidéo d’auteur ou installation photographique. La sélection des travaux exposés repose sur un comité multidisciplinaire formé de cinq à sept enseignants en photographie, en histoire de l’art, en littérature et en philosophie. Les principaux critères de sélection sont l’intention de contenu, le potentiel, les qualités techniques et les qualités esthétiques du projet. Si les membres du jury sont amenés à évaluer chaque année entre vingt et quarante propositions, une dizaine d’entre elles sont retenues, souvent sous certaines conditions. Les suggestions peuvent porter, par exemple, sur le nombre d’images présentées dans une série, le jumelage de deux séries différentes présentées par le même candidat, ou le jumelage de deux candidats. C’est le cas des candidates Perrine François et Adèle Mathieu traitant toutes deux du quotidien. Bien au fait que ces étudiantes étaient colocataires durant l’année scolaire, le comité de sélection a proposé de combiner les deux projets dans une installation qui reproduirait un mur mitoyen de leur résidence.

Il n’y a pas nécessairement de fil conducteur entre les différents projets exposés ni de thématiques. Cependant, l’organisation de l’espace et le choix des emplacements rendent le tout cohérent et permettent de passer facilement d’une proposition à l’autre.

Vue de l'exposition, Auteur sans titre #5, à l'espace F, du 12 mai au 18 juin 2017. 

© Geneviève Thibault.

Vue de l'exposition, Auteur sans titre #5, à l'espace F, du 12 mai au 18 juin 2017. 

© Geneviève Thibault.

L’ajout d’une thématique deviendrait, selon le commissaire, beaucoup trop restrictif. Il rappelle que l’intention première derrière Auteurs sans titre n’est pas de répondre à une commande, mais plutôt d’amener l’artiste à se surpasser. Ce dernier est accompagné afin de pousser sa réflexion, formuler son intention et rédiger un texte descriptif qui lui permettra de dialoguer avec le grand public. S'ajoutent à la dizaine de projets qui y sont présentés un invité surprise ainsi qu'une sélection de travaux de modelages sculpturaux, présentés par des étudiants en animation 3d. 

Cette double exposition, présentée jusqu’au 18 juin 2017 à Espace F, est d’un grand intérêt pour tous ceux qui s'intéressent à l’émergence artistique.

J'espère revoir le travail de ces artistes lors de nouvelles expositions à travers le Canada. D'ailleurs, j'ai pu voir à nouveau le travail de David Guillemette, un ancien du Cégep de Matane, dont la série American Suburb est présentée ce mois-ci sur le site de Héliographe.

L'Espace F se situe au 520, avenue Saint-Jérôme, bureau 102, Matane (Québec), G4W 3B5

 

Artistes de l'exposition F/19 : Emma André, Gabriel Bélisle Couture, Charline Billot, Clara Boulianne, Caroline Briand, Maelig Cadiou, Adèle Campistron, Perrine François, William Gagné, Laurianne Gervais, Courchesne, Maude Larrivée, Terry Lecocq, Benjamin Marilley, Laura Rivalland, Caroline Rousseau Olivia Simard, Philippe St-Pierre, Lucas Thuret, Caroline Turbout

Artistes de l'exposition Auteurs sans titre #5: Emma André, Caroline Briand, William Gagné, Émilie Ferguson, Anthony Francoeur-Vallière, Perrine François, Émilie Gratton, Guillaume Kirouac, Maude Larrivée, Benjamin Marilley, Adèle Mathieu, Laurier Payette, Kassandra Reynolds, Caroline Rousseau

À propos de l'auteure :  Geneviève Thibault est une photographe de la relève basée à Matane. Dans le cadre de ses projets, elle s'intéresse à l'altérité de proximité, au quotidien et aux manières d'habiter, ce qui la conduit à étudier présentement l'ethnologie à l'Université Laval.  Son travail sera présenté à Percé dans le cadre des Rencontres internationales de la photographie en Gaspésie à l'été 2017. Pour suivre ses projets et en apprendre davantage sur son travail, visitez son site internet.

Crédit photos: Geneviève Thibault. 

© Héliographe - Centre de promotion et de diffusion de la photographie émergente au Canada